18 Fin
Posté le 21.04.2008 par doorintosummer
Photo : à cheval sur deux époques
Buenos Aires me fait parfois l'effet d'une zone d'études géologiques : les couches sédimentaires de différentes périodes apparaissent un peu partout, les fossiles affleurent comme à marée basse. On trouve des maisons anciennes entre des cubes de béton, parfois le reflux du macadam laisse apparaître des pavés, et même des tronçons de voies ferrées échouées loin de leurs trains.
Tous les fossiles ne sont pas authentiques, dans certains quartiers on sent nettement l'effort de reconstitution. Mais ils font partie d'un grand jeu de piste grâce auquel on peut essayer de se représenter ce qu'a été Buenos Aires autrefois, en visitant des musées, en se baladant dans les vieux cafés et les restaus de quartier, dans des chansons, en toile de fonds dans des nouvelles de Borges. Ces indices nous proposent d'imaginer sa « ville qui se perd dans une plaine », un port où la culture rurale de la pampa rencontrait les immigrants arrivés d'Europe.
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Posté le 21.04.2008 par doorintosummer
Photo : Caminito (La Boca), le plus cliché des quartiers de BsAs
Bien sûr, Buenos Aires évoque les stéréotypes du tango, des fanatiques de foot, l'architecture 1900 et de steaks savoureux. Il arrive qu'on parle aussi de la relative froideur des habitants.
Et bien sûr, ce sont des clichés réducteurs, parfois très éloignés de la réalité. Voici à peu près ce que j'en sais aujourd'hui.
Posté le 21.04.2008 par doorintosummer
On ne vous a pas menti, ici c'est le déchaînement. Même un ignare dans mon genre ne pouvait pas passer à côté des actualités des grands clubs de la capitale, elles prennent plus de temps aux infos que la politique. On peut toujours trouver une chaîne qui passe un match, à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit. Comme disait Alain chaque matin en émergeant :
« Chouette, il y a du foot à la télé ! »
Posté le 21.04.2008 par doorintosummer
Photo : à côté de chez moi
Buenos Aires, la Paris du Sud ?
Heureusement non ! Je n'ai pas fait tous ces kilomètres (en bateau de surcroît) pour me retrouver sur les Champs-Elysées...
Certains quartiers (Retiro, Recoleta) peuvent évoquer Paris, mais il vaut mieux éviter les amalgames abusifs. Buenos Aires a beaucoup emprunté aux styles européens, français mais aussi italien voire espagnol ; cependant le mélange qui en résulte, avec la patine du temps, est propre à la ville.
Parfois les façades de pierre sont impeccables ; parfois aussi, les portes d'entrées s'ouvrent sur des escaliers monumentaux, mais les murs sont noirs, les vitres cassées, des plantes s'enracinent dans les frontons en pierre.
Posté le 21.04.2008 par doorintosummer
Photo : bife de lomo saignant
Oui, il y en a, et de la sacrément bonne ! Ceux qui sont venus me rendre visite pourront le confirmer.
Cela dit, il ne faut pas sous-estimer l'importance de l'apport italien à la cuisine d'ici, on trouve énormément de restaurants qui offrent des pizzas ou des pâtes maison. De ce point de vue l'Argentine a élaboré ses propres spécialités italiennes.
Et comment passer sous silence les empanadas, à la popularité immense ? Chaussons fourrés à la viande hachée, au poulet, au jambon/fromage, qui se réchauffent en un tournemain... Et d'autant plus savoureuses qu'elles ne coûtent vraiment pas cher.
Posté le 21.04.2008 par doorintosummer
Photo : milonga en plein air, à San Telmo
Dans les guides touristiques, on parle d'une renaissance du tango en Argentine (et particulièrement à Buenos Aires). Ici, la plupart des gens m'ont dit que c'est un phénomène touristique : depuis la dévaluation de 2001 les étrangers viennent en grand nombre, et puisqu'ils veulent du tango, on leur en donne... Et c'est vrai que les spectacles plus ou moins authentiques fleurissent partout.
Pourtant dans les cours de tango et les milongas, j'ai observé une forte proportion de jeunes argentins, ce qui me fait penser que, même si c'est le fait d'une petite frange de la population, le tango est une pratique culturelle vivante.
Question musique, apparemment, ici on écoute plutôt du « rock nacional », des groupes de reggae locaux, ou des variantes de Cumbia qui parlent de la vie dans les quartiers pauvres.
Côté danse, la salsa reste un classique, mais le folklore (chamamé, chacarita...) est loin d'avoir disparu.
Posté le 21.04.2008 par doorintosummer
Certains ont peut-être entendu des bruits qui disent que les argentins, et les porteños en particulier, seraient moins chaleureux que leurs voisins.
D'après mon expérience personnelle, il n'en est rien. Ce sont sûrement des rumeurs propagées par des chiliens !
J'ai vu des argentins de toutes sortes, mais dans l'ensemble je les ai trouvés plutôt bruyants, rigolards, bordéliques dans les lieux publics, et souvent capables de s'amuser comme des gamins sans complexes. Au risque de tomber dans un autre cliché sur les latins, ils aiment le contact physique et lient facilement conversation. J'ai rencontré énormément de chaleur humaine et de cordialité durant mon séjour.
Posté le 21.04.2008 par doorintosummer
Photo : Vue de ma fenêtre par temps clair.
Posté le 21.04.2008 par doorintosummer
Photo : le nuage de fumée de ma fenêtre. Au-dessus, il fait beau temps... Des incendies intentionnels dans la province de l'Entre Rios (delta du Parana) ont obscurci le ciel des régions environnantes pendant plusieurs jours.
Posté le 21.04.2008 par doorintosummer
(Photo : le genre de détail que je remarque.)
Au-delà des stéréotypes, Buenos Aires présente beaucoup d'aspects qui méritent d'être mentionnés. Je n'essaierai pas de les organiser artificiellement en thèmes : une grande ville c'est un chaos d'informations, et chacun y remarque des choses différentes. Par exemple...
Si on veut lire, on peut ! J'ai compté 4 librairies de la même chaîne dans la rue Florida, sans parler des nombreux concurrents. Dans l'avenue Santa Fe, il y a un magasin de la chaine El Ateneo installé dans un ancien théâtre, c'est spectaculaire, une sorte de temple du livre...
Il est important de regarder où l'on met les pieds en marchant : les trottoirs sont souvent défoncés, et en été les nombreuses climatisations ruissellent et alimentent des flaques d'eau par terre. Au bout de quelques semaines on s'habitue.
Il y a des cafés/restaurants partout, et presque tous ont les mêmes modèles de chaises et de petites tables carrées & pratiques.
La misère qui se concentre dans les Villas de Emergencia, les bidonvilles de Buenos Aires, n'a pas l'image romantique des mauvais quartiers du XIXe.
La hausse de la délinquance (consécutive à la crise de 2001) a créé des réflexes de prudence assez visibles dans les transports en commun.
Les autobus sont l'espèce dominante de l'écosystème urbain. Ils passent en rugissant dans les petites rues du centre et crachent des nuages de fumée noire derrière eux, sans aucune pitié pour les piétons qui survivent encore.
Ici la plaine semble très lointaine, même si elle a récemment rappelé son existence par les conflits sociaux ou la fumée des incendies. Dans les bourgades agricoles de la pampa, on célèbre encore une culture que Buenos Aires a depuis longtemps aspirée et digérée.
La ville est coupée du nord au sud par une sorte de fleuve d'automobiles nommé Avenida 9 de Julio (qui fait tout de même 6 x 32 voies* !). D'un côté les quartiers du centre, leurs rues étroites et très fréquentées, de l'autre des barrios auxquels les guides touristiques s'intéressent moins (à part Palermo & co), mais qui représentent mieux la ville telle que la vivent les Porteños.
Il y a une crise croissante de la petite monnaie : les banques commerciales et la banque central se rejettent réciproquement la faute, pendant que les sociétés d'autobus (que l'on ne peut payer qu'en pièces) ricanent dans l'ombre... Quand on paye un commerçant avec la monnaie exacte, il remercie avec effusion.
* Oui j'exagère, et alors ?