16 Automne
Posté le 19.03.2008 par doorintosummer
Photo : Dimanche 16 mars, Paulot, le lion de mer, a raté son rencard avec ses 17 femelles, car il a oublié qu'aujourd'hui on passait à l'heure d'hiver. Du coup elles sont toutes parties boire un coup sans lui. Paulot, pas très content, a déclaré : « Alors voilà, je tourne le dos 5 minutes et on me détraque mon écosystème ! »
Moins de trois mois après le passage surprise à l'heure d'été, nous voilà revenus à l'heure d'hiver, on est bien contents, tiens. Accessoirement, le décalage horaire avec la France est à nouveau 4 heures.
Pour ceux qui se demandent à quoi ça ressemble l'automne ici, je précise que techniquement c'est encore l'été ici (jusqu'au 20 mars). Mais d'un point de vue météo, on sent déjà une différence. Il y a eu deux semaines bien pourries, et quand le soleil est revenu, il n'était plus tout à fait le même. La chaleur remonte doucement, mais en général on est entre 20 et 30°C.
Nous entrons ainsi dans une agréable demi-saison, les fleurs violettes des jacarandas sont réapparues pour la floraison d'automne, la lumière est très propice aux photographies d'ambiance. D'aucuns diraient que c'est de la balle...
Mais, damnation, mon appareil photo est en réparation ! Du coup je dois user d'habiles subterfuges pour illustrer mes billets.
--
Posté le 19.03.2008 par doorintosummer
Photo : l'ancien président Nestor Kirschner a été surnommé « le pingouin » à cause de ses origines patagonnes/patagoniques/patagonales.
Voici un test inédit qui, en quelques questions, vous permettra de mieux vous connaître.
(Malgré tous mes efforts, il est possible que quelques exagérations s'y soient glissées.)
ETES-VOUS ARGENTIN(E) ?
1. Au restaurant, la télé est à fond car River joue contre Estudiantes.
a - C'est intolérable, on ne s'entend plus parler à table.
b - C'est intolérable, d'ailleurs vous êtes déjà parti au café d'en face regarder le match de Boca.
2. Pour vous le maté c'est
a - Üêêêêêrk !
b - Uerk aussi, mais vous le cachez bien...
3. On prend une bière ?
a - C'est vrai qu'il fait soif, une 16 pression pour moi.
b - On se partage plutôt une bouteille d'un litre de Quilmes ?
4. Quelle est la meilleure équipe nationale d'Amérique du Sud ?
a - Dans quel sport ?
b - La sélection argentine bien sûr !
5. La Mésopotamie, c'est...
a - La région entre le Tigre et l'Euphrate, banane !
b - Mais non, c'est la région entre les fleuves Parana et Uruguay, et je ne te permets pas de me traiter de banane.
6. On se fait la bise comment ?
a - Voyons voir, deux avec les filles, trois avec la famille, en commençant par la joue gauche si la lune est dans la maison de Jupiter, je pose 4 et je retiens 2... J'ai bon ?
b - Une sur la joue droite, et ça marche pareil pour tout le monde.
7. Les Falkland sont...
a - Le nom anglais des Malouines.
b - Hein ? Atchoum ! Salauds d'anglais.
8. Vous aimez votre viande...
a - Saignante, comme tout vrai connaisseur.
b - C'est qui ce cannibale qui a répondu « a » ?!
9. Mettre un glaçon dans son vin rouge, c'est...
a - Révoltant !
b - Rafraichissant.
10. Samedi, 4h du matin, on sort d'un bar.
a - Bon ben on va p'têt aller se coucher...
b - J'ai un petit creux, on se mange une pizza ? Il reste des places en terrasse.
11. Les Brésiliens ?
a - Ah, le carnaval de Rio, la folie du futcheboal, Ipanema...
b - Ils sont sympas, mais ils ne savent pas jouer au foot.
12. Les Chiliens ?
a - C'est un peu comme des Argentins, non ?
b - C'est une provocation, je vais faire comme si je n'avais rien entendu. Question suivante ?
13. Comment s'utilise un téléphone portable ?
a- Faut mettre l'écouteur contre l'oreille, ou alors une oreillette, et parler dans le combiné.
b- Haut parleur à fond, on le tient devant soi comme un micro, et on déclame !
RESULTATS
Une majorité de a : Désolé mais vous n'êtes pas argentin(e). Ne soyez pas triste, vous aurez peut-être plus de chance la prochaine fois !
Une majorité de b : Félicitations, vous êtes argentin(e) ! Comment avez-vous fait ?
Une majorité de c : Vous l'avez bien cherché.
Posté le 26.03.2008 par doorintosummer
Photo : Le Toucan, un autre protecteur des arts et des lettres
Allez, ça fait longtemps que je vous parle de l'Argentine, pays certes inépuisable, mais il est temps de faire un petit hors sujet.
Entre deux recueils de nouvelles de Borges, j'ai lu récemment un bouquin que m'a apporté mon pourvoyeur régulier (Stéphane Rouy, patron des arts et des lettres). Et comme le précédent ouvrage du même auteur m'avait déjà fait une forte impression, j'ai décidé de partager mon enthousiasme avec vous, si vous le voulez bien.
Connaissez-vous Jared Diamond (c'est son vrai nom) ? Allez, je vous ai sûrement tannés à son sujet. C'est un biologiste évolutionniste / physiologiste américain, qui a écrit « Guns, Germs and Steel », traduit piteusement en français par « De l'inégalité parmi les sociétés ». Oui, lui !
Dans ce bouquin, il s'attaquait à la délicate question que lui avait posé un homme politique de Nouvelle Guinée, à peu près en ces termes : « Pourquoi les occidentaux ont presque tout, et nous presque rien ? »
Vaste sujet ! Notre auteur s'y est attelé avec dans l'idée de tordre le cou aux stéréotypes racistes ou européo-centristes malheureusement très répandus. Et comme il est méthodique, il est reparti de la situation d'origine, il y a 13 000 ans, quand des peuples ayant un même niveau de développement étaient installés sur tous les continents et que la dernière ère glaciaire s'achevait. Qu'est-ce qui a fait que de ce point de départ apparemment équitable, on en est arrivé à une situation telle qu'en quelques siècles, les européens ont conquis ou détruit la plupart des sociétés qu'ils rencontraient, par les armes, les épidémies et la technologie, d'où le titre original du livre ?
Pour Jared Diamond, cette histoire s'explique par l'environnement, en particulier géographique. Le livre est touffu, et je ne prétends pas le résumer en quelques lignes, mais j'ai quand même envie de vous en dire un peu plus.
Diamond a fait une énorme synthèse des connaissances actuelles dans toutes sortes de domaines, pour montrer comment la taille des continents, l'orientation des grands axes de communications, les espèces végétales et animales disponibles pour la domestication, expliquent les écarts de développement technique, puis démographique, puis social, etc, constatés historiquement. Cela inclut aussi les maladies qui ont décimé les natifs américains : elles se sont développées progressivement à travers toute l'Eurasie, souvent à partir de pathologies animales transmises par le cheptel, et dans des grandes concentrations humaines qui favorisaient l'évolution d'épidémies sans équivalents chez les amérindiens.
En quelques centaines de pages, on visite l'histoire du monde, on se penche sur le développement de sociétés isolées et leur lien avec l'environnement, sur l'épidémiologie, on découvre la théorie de l'invention, la réinvention et leur propagation... L'auteur est honnête sur ce qui est l'état des théories en cours et ce qui relève de ses convictions personnelles, la démonstration est rigoureuse, très documentée (grosse biblio à la fin), et surtout elle est passionnante. Je ne crois pas que ce sujet, pourtant incroyablement important, ait été abordé auparavant avec autant d'ambition, de rigueur et de clarté. Seul bémol, la théorie est limpide sur les grandes masses continentales, un peu moins en ce qui concerne des pays spécifiques, et c'est là qu'on sent que Diamond est plus scientifique qu'historien.
J'ai refermé le livre en me sentant moins bête – c'était donc sûrement un bon bouquin ! Par ailleurs, quand on vit sur le continent sud-américain, il est difficile d'oublier ce genre de sujet, car les conséquences sont juste sous nos yeux.
Le deuxième livre de Jared Diamond, que j'ai terminé récemment, s'appelle « Collapse » en anglais, traduit logiquement en français par "Effondrement". Le sujet : comment l'effondrement de certaines sociétés (pas toutes, hein) a pu être lié à des erreurs dans leur gestion de l'environnement.
Non, ceci n'est pas un énième livre qui prêche qu'on va tous mouriiiir ! Il se contente d'examiner des cas de sociétés présentes ou passées qui ont échoué à se maintenir (parfois ils sont tous morts) et d'autres qui s'en sont mieux sorties. Il essaie d'en tirer des leçons pour la situation assez particulière où se trouve le monde aujourd'hui, menacé de façon globale par le réchauffement climatique, mais aussi par de nombreux types différents de dégradations de l'environnement.
Une fois de plus, on voyage pas mal, on s'intéresse à l'île de Pâques, aux Mayas, au Groenland Viking, mais aussi au Rwanda et à la Chine moderne. Le livre s'adresse plutôt à un public nord-américain, mais il reste intéressant pour un européen dans mon genre. C'est un peu répétitif par endroits, et moins « béton » que le précédent, dans la mesure où en le terminant, je ne partageais pas toutes les conclusions de l'auteur, mais ça reste d'un intérêt assez prodigieux.
Et puis il m'a donné une ou deux idées d'histoires à raconter.
Voilà, ça fait deux lectures très agréables, qui disent plein de choses intéressantes et parfois peu connues, sur des sujets d'une importance cruciale. Je me suis dit que ça méritait bien un coup de pub.
Euh, vous êtes toujours là ?
Posté le 26.03.2008 par doorintosummer
Photo : Le Nazgul rouge et bleu, coupé au montage.
Si vous avez aimé la revue précédente, vous aimerez peut-être celle-là ; ou pas.
Voyez-vous, je suis tombé il y a quelques temps sur un ouvrage d'un auteur peu connu, qui présente des parentés intéressantes avec les contes de fées et les vieilles traditions européennes. Il s'agit du « Seigneur des Anneaux » - oui je sais, le titre n'est pas terrible.
J'ai pris sur moi de lire les trois tomes jusqu'au bout (il faut dire que par endroits, ça se traîne un peu), et finalement j'ai été bien surpris : il y a plein de bonnes choses là-dedans ! Pas de doute que ce bon Mr Tolkien aurait eu des choses à raconter à Jared Diamond.
Je parlais de problèmes d'environnement : ils sont parfaitement illustrés par les mésaventures des nains de la Moria, qui sont allés chercher un peu trop profondément leur uranium. Je pense aussi à l'exemple de Saroumane, l'industriel mégalomane, qui est défait par les forces de la nature qu'il prétendait dompter ; et ne parlons même pas de ses manipulations génétiques hasardeuses, les orcs OGM qu'il n'a même pas pris le temps de tester 20 ans en éprouvette avant de les lâcher sur le Rohan, avec les conséquences désastreuses que l'on sait.
Il y a aussi des messages plus subtils. La compagnie de l'anneau traverse un monde dépeuplé, qui a connu de meilleurs jours ; parfois ils trouvent des statues abandonnées par les anciennes civilisations, qui leur rappellent que tout homme est mortel, à la façon des pathétiques Moai de l'île de Pâques... Si les Numenoréens n'avaient pas déforesté à tour de bras, on n'en serait pas là, et il n'y aurait pas toutes ces histoires avec ce Sauron, moi j'vous l'dis !
On pourrait multiplier les exemples, avec le retour du roi qui fait repousser l'arbre blanc de Minas Tirith, à croire qu'il les pouces verts, ou encore les elfes écolo-warriors qui défendent les forêts, mais on voit bien que les prises de position de Tolkien sont sans ambiguïté.
Voilà, c'est un conseil de lecture un peu confidentiel, mais si vous arrivez à passer les 100 premières pages, vous devriez bien accrocher. Et puis je vais vous dire, pour le coup, ce qui serait une bonne idée, ça serait d'en faire un film.
Posté le 02.04.2008 par doorintosummer
Photo : un garage dans le quartier de palermo.
Ce blog n'a pas pour vocation de faire de l'info-reportage, mais aujourd'hui l'actualité est venue à moi, qui suis toujours à la masse. Pratique !
Certains d'entre vous savent sans doute déjà que l'argentine connaît en ce moment un affrontement grave entre les producteurs agricoles et le gouvernement, pour une question de hausse des taxes à l'exportation. Pas contents, les syndicats agricoles ont décidé de bloquer aux camions les routes menant à la capitale, ce qui revient à nous mettre en état de siège. Les choses en sont là depuis plusieurs semaines, et la tension monte entre les deux camps. Buenos Aires vit désormais au rythme des manifestations – en fait, cette ville vit toujours au rythme des manifs, mais là ça a pris une autre échelle, ils ont même ressorti les casseroles.
Ce matin j'avais ouvert les porte-fenêtres pour profiter du soleil, et j'ai remarqué rapidement le vacarme : pétards, tambours et caisses claires. En début d'après-midi, je suis sorti pour aller à mon club de gym en me demandant un peu ce que j'allais trouver dans la rue. Dès mes premiers pas j'ai vu qu'on était dans un grand jour, les petits commerçants avaient fermé leurs grilles. Enfin pas tous ; bizarrement, le marchand de pompes électriques d'à côté n'avait pas l'air de s'en faire autant que les supérettes.
Il s'avère que la présidente Cristina Fernandez de Kirchner faisait aujourd'hui une allocution au balcon de la Casa Rosada (le palais de la rosée ? ou la maison rosâtre ? je vous laisse décider, mais sachez qu'il y a une troisième option). Le parti au pouvoir en a profité pour faire venir ses supporters dans la capitale, en rassemblement place de mai devant le palais présidentiel (oups je l'ai dit).
Quand j'ai traversé l'avenue 9 de julio, la grande artère qui délimite le centre, il y avait un nombre impressionnant de bus garés de tous les côtés, la circulation était interrompue et les manifestants se baladaient partout en groupes petits et grands. J'ai entendu un passant commenter qu'avec tous ces gens venus en bus sponsorisés par le gouvernement, on se croirait chez Chavez au Venezuela. J'ai aussi aperçu une petite banderole « Loyauté à Peron ». Les manifestants avaient du matériel, ils étaient équipés d'un nombre impressionnant de drapeaux argentins, de grandes banderoles portant des slogans pro-gouvernement, il y avait même toute une flottille de mini-dirigeables au-dessus de la place de mai (j'ai vu ça à la télé, pas fou). Le syndicat des camionneurs figurait en bonne place parmi les organisations qui supportaient le meeting, pour des raisons mystérieuses...
La présidente a fait son discours, qui essentiellement invitait les syndicats agricoles à lever les barrages. Et voilà, c'est fini ! La crise est gérée... non ?
Là-dessus, les nuages ont commencé à s'accumuler dans le ciel, il s'est mis à faire très sombre et un énorme orage a dispersé la foule.
Après cette opération « légitimité populaire », je ne serais pas surpris qu'une intervention musclée n'ait lieu bientôt.
Titre d'un magazine aperçu dans un kiosque : « Cristina : el amor de la guerra »
PS :
Hé oui, je vais à un club de gym, faute d'endroits proches où courir à l'abri des pots d'échappement. C'est d'ailleurs un lieu assez pittoresque, je dirais même, millésimé.
L'immeuble occupe toute la profondeur d'un pâté de maisons, et s'élève sur 8 étages. De l'extérieur on ne voit que les machines de musculation, somme toute très classiques, mais à l'intérieur c'est un petit univers : il y a des salles de sport, une piscine, une salle d'escrime très XIXeme siècle, un fronton de pelote basque au sous sol, un terrain de hand/basket avec une galerie qui en fait le tour à 3m de hauteur, un autre terrain de basket... J'ai même trouvé une salle d'échecs : une vingtaine de tables avec chacune un échiquier dessiné dessus, et les pièces déjà en ordre de bataille.
Le vestiaire hommes est un étage rempli de papis qui s'exclament et d'odeurs de l'eau de Cologne. Avec son labyrinthe de casiers en vieux bois, il m'évoque un club anglais, mais les ventilateurs au plafond rappellent qu'on est en Amérique du Sud.
Les sportifs les plus âgés se retrouvent ensuite au bar qui leur est réservé pour boire une Quilmes ou manger un morceau, tout ça sans sortir de l'immeuble.